Penser ce que nous faisons
Penser ce que nous faisons ~ Transformer le quotidien ~ Quelle utopie ? ~ Il n'y a pas d'alternative à la révolution
Salut l’équipe,
Vos messages m’ont fait chaud au coeur. Après 2 ans, vous êtes toujours là ! Et bienvenue aux lectrices & lecteurs nous ont rejoint :)
Cette semaine, nous parlons des prémisses dont part Noese. Les parcourir vous donnera une idée plus précise de ce que vous recevrez à l’avenir — à commencer par le prochain essai : La grande clarification.
Lisons-les ensemble :
1. « Penser ce que nous faisons »
« Penser ce que nous faisons » est devenu la présentation de Noese.
Cet extrait du prologue de La condition de l’homme moderne m’a sauté aux yeux. Je l’ai aussi trouvé en citation d’ouverture dans le bouquin d’André Gorz Métamorphoses du travail, critique de la raison économique.
Citer Arendt à cet endroit là indique en 1988 sa volonté de poursuivre ces geste de penser ce que nous faisons. Un geste qu’à aussi poursuivi Bernard Stiegler, un autre philosophe qui jonche mes recherches sur le travail et l’automatisation.
Puis voilà qu’en lisant Premières secousses, le livre collectif des Soulèvements de la terre, Arendt apparaît encore. Voici comment le principal mouvement contestataire français depuis Mai 68 nous présente son livre :
Nommer cette publication “Noese” incarne la volonté de se porter à la hauteur des enjeux, ici et maintenant. Prendre le temps de penser ET jeter son corps dans l’action. Dans la nécessité de transformer le monde, ici et maintenant.
2. La politique transforme le quotidien
Si s’occuper de la politique vise à transformer le monde, cela signifie transformer votre quotidien
Pas de guillemets, pas d’auteur mais une idée claire. La lutte politique n’est ni abstraite ni idéaliste. Elle s’inscrit sur un territoire, à partir d’une situation et se traduit dans une réalité matérielle.
Quand on se rend en manifestation, qu’on participe à une action directe ou qu’on occupe une Zone À Défendre, on essaye de transformer le monde et on transforme son propre quotidien.
C’est par exemple ce que vivent les activistes sur la Zone À Défendre de l’autoroute A69. Comme l’explique Camille dans son reportage, une partie des activistes a amenagé l’une des maisons vides afin d’y habiter.

A titre perso, me rendre au village de l’eau et aux journées d’action des Soulèvements de la terre m’a transformé. Dans cet espace-temps s’est inventée une autre vie commune (une commune ?), et ça m’a transformé :
Le simple fait d’être là, d’y mettre mon corps, rend possible le village. Lutter rend possible la lutte, et occuper un territoire ouvre un espace-temps où la vie est différente (ce village prouve que la vie hors du capitalisme existe, et ça simple existence rend son idée possible)
Le fait d’y être rend possible d’y retourner, ce qui signifie se mettre dans des endroits inconnus avec des personnes à découvrir dans des cadres singuliers — autrement dit, s’occuper de politique est une affaire d’amour : quand on tient sur qui compte, des lignes d’amitié se tracent
Le fait que ça ait existé rend possible que ça existe à nouveau, et que ça essaime — ce qui ouvre concrètement la voie à d’autres manières de vivre et de s’organiser




L’expérience du village de l’eau démontre que c’est possible d’accueillir 10 000 personnes avec une organisation autogérée. De la cantine aux poubelles, des toilettes au camping, des conférences aux ateliers : tout est autogéré. Jamais je n’avais ressenti un tel sentiment d’appartenance. Jamais je n’avais habité un territoire comme cette fois là.
Voici deux courts articles et une vidéo qui vous situeront de quoi je parle :
Le Village de l’eau à Melle (79) ou les fondements d’une université d’éducation populaire
Au village de l’eau, culture du soin et communauté de lutte pour une révolte durable
Des Méga-Bassines, un port et des flammes : mobilisation en trois actes — Partager C’est Sympa (vidéo 13 minutes)
3. Quelle utopie ?
« L’utopie n’est pas de croire que l’on pourrait démanteler la police et l’industrie, mais de croire que l’on peut avoir un avenir sans le faire »
— N’importe quelle personne lucide
Lutter pour sortir du capitalisme et inventer autre chose est concret. Pour y parvenir, il est nécessaire de démanteler ses deux piliers : la police et l’industrie. L’une réprime sans rendre de compte, et l’autre asservi et détruit le vivant (humain comme non-humain).
Inventer un autre monde signifie vaincre ses structures actuelles, assumer le rapport de force et contourner la violence mortelle de l’Etat. Les données du problème sont connues. Et pourtant, des soulèvements prennent place dans le monde entier et ouvrent des brèches vers un avenir :
Une existence et un monde où le quotidien n’est pas dicté par la servitude de l’emploi, la surveillance-répression de la police et le musellement de la justice. Lutter, c’est se mettre soi-même en-dehors de ce monde. C’est se rendre ingouvernable.
« Evidemment que la question n’est pas de sortir de l’euro, mais de sortie de l’économie, qui fait de nous des rats. Evidemment que le problème n’est pas l’envahissement par les « étrangers », mais de vivre dans une société où nous sommes étrangers les uns aux autres et à nous-mêmes. Evidemment que la question n’est pas de restaurer le plein-emploi, mais d’en finir avec la nécessité de faire tout, et surtout n’importe quoi, pour « gagner sa vie ». Evidemment qu’il ne s’agit pas de « faire de la politique autrement », mais de faire autre chose que de la politique – tant il est devenu évident que la politique n’est, à tous les niveaux, que le règne de la feinte et de la manigance.
Aucune révolution ne peut être plus folle que le temps que nous vivons – le temps de Trump et de Bachar, celui d’Uber et de l’Etat Islamique, de la chasse aux Pokémon et de l’extinction des abeilles. Se rendre ingouvernable n’est plus une lubie d’anarchiste, c’est devenu une nécessité vitale, dans la mesure où ceux qui nous gouvernent tiennent, de toute évidence, la barre d’un navire qui va au gouffre. »
— Julien Coupat et Mathieu Burnel, par Arnaud Maïsetti, Avril 2017
Imaginer ce à quoi peut ressembler la vie quotidienne en-dehors du gouffre sera l’un des axes de Noese. Que ce soit en imaginant ou en allant puiser dans l’histoire des luttes et ses inventions, nous découvrirons qu’il existe bien des manières de mener une belle vie — et que toute implique de rompre avec notre milieu.
4. Il n’y a pas d’alternative à la révolution
« Pourquoi faut-il être révolutionnaire ? Parce qu’il n’y plus d’autre solution ! »
— Frédéric Lordon, Philosophe et économiste au CNRS
Compter sur nos dirigeants ou ceux qui veulent le devenir n’a pas de sens. Ils sont le problème, comment pourrait-il être la solution ? Seule l’émergence d’une force insurrectionnelle peut mettre fin à :
L’économie qui détruit les conditions de possibilité du vivant sur Terre,
À la guerre et aux génocides, fruits de tyrans colonisateurs,
À la “démocratie” représentative qui nous exproprie notre pouvoir
« Jamais elle n’a paru aussi lointaine, et jamais elle n’a été autant appelée […] Dans cette situation paradoxale où le capital est contesté comme jamais, et acharné à pousser son programme maximal, il devient nécessairement fascisateur […] Les choses comme elles sont, c’est qu’il y a une classe radicalisée dans la société, la bourgeoisie, et toutes les autres maltraitées.
Les autres humains et la nature ne sont que des instruments de sa jouissance. Ceux qui ne sont pas du côté de la bourgeoisie, vous avez intérêt à ouvrir les yeux, car vous y passerez tous : soignants, profs, chercheurs, artistes, employés, cadres intermédiaires du privé — vous y passez déjà, et vous y passerez comme les ouvriers depuis 40 ans. […]
15 journées d’action avec des millions de personnes dans la rue contre la réforme de la retraite, 90% des salariés opposés… Et ? Et allez tous bien vous faire foutre […] Aucun gouvernement ne gauche élu ne pourra résister à l’arsenal atomique de la bourgeoisie.
Alors se profile la confrontation […] et l’entrée dans une autre réalité politique : la réalité révolutionnaire […] Face aux moyens colossaux de la bourgeoisie en guerre totale, il n’y en a qu’un qui fasse le poids : la grève générale ET l’occupation générale. Voilà les données réalistes du problème.
— Frédéric Lordon, à écouter intégralement ici (12 minutes)
Il s’agit de survie. L’équation est simple : s’aplatir ou se soulever.
Se soulever ici et maintenant, là où on est et comme on le peut n’est pas une question morale. C’est une question pratique : où mettre son corps ? Ce n’est pas plus une question électorale : nous savons ce que donnent les “gauches radicales” comme LFI — elles désespèrent, et sont endiguées par la bourgeoisie, à l’instar de Syriza en Grèce et Podemos en Espagne.
Oui, ces formations électorales sont de meilleurs adversaires que la droite et l’extrême droite — dans la mesure où ils tamisent un peu la police et relâchent l’étau de la répression ; et oui nous pouvons voter — mais ne soyons pas naïfs à attendre qu’ils transforment quoi que ce soit. Même s’ils le voulaient, ils ne le pourraient pas.
Attendre n’est plus une option. Il s’agit d’agir ici et maintenant pour atteindre des seuils critiques : seule l’action directe de masse renverse les pouvoirs. Notre temps est venu. Il n’y a pas d’alternative. Soulevons-nous. Habitons cet im-monde pour inventer la suite.
Comment faire ?
Nous en parlerons.
A bientôt,
PS : pour étancher votre soif dès maintenant, écrivez-moi en réponse à cet email.
PPS : dans le prochain email, nous parlerons de la structure de cette newsletter — voire de la structure plus large de la publication
Le temps d’un café :
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Ce n’est pas un dilemme moral de se lever maintenant, avec ce que nous avons. https://retrobowlonline.co/